Qui pirate vraiment la France (et le reste du monde) ?

Par Adira — Archiviste, Secteur 4 | Cycle 2026.08

Je suis tombée sur un dossier qui s'appelle "CYBERMENACES TERRESTRES — RÉCAPITULATIF 2026."

Par accident.

Enfin. Pas vraiment par accident.

— Marcus, t'as vu ce truc ?

— Tu venais de finir ton repas. Je voulais pas gâcher ta digestion.

Voilà. C'est de ça qu'on va parler aujourd'hui.

Les Terriens de l'an 2026 vivent une situation assez remarquable. Leurs données personnelles — noms, numéros de sécurité sociale, adresses, relevés bancaires — fuient à un rythme que leur propre Premier ministre a fini par reconnaître publiquement : trois vols de données par jour. En moyenne. Sur leur territoire national.

J'ai dû relire deux fois. Trois par jour. Ça fait plus de mille par an. Ça fait beaucoup.

Ce qui est fascinant, ce n'est pas le chiffre. C'est la question que personne ne pose franchement dans ces archives :

Qui le fait vraiment ?

L'état des lieux — ou "non Marcus c'est pas une fiction"

L'agence nationale chargée de compter les blessures — ils l'appellent l'ANSSI, les Terriens aiment les acronymes — a recensé 3 586 incidents de sécurité en 2025 sur le seul territoire français. Éducation, ministères, santé, télécommunications. Un opérateur télécom s'est fait voler les données de 6,4 millions de clients en août 2025. Le fisc a été piraté. L'INSEE a été piraté. Plusieurs plateformes gouvernementales ont été piratées dans les premiers mois de 2026.

— Marcus, ils ont pas un système de défense ces gens-là ?

— Si. 1% de leur budget numérique consacré à la sécurité. Systèmes des années 1990.

— 1%.

— Je suis rarement surpris. Mais là, je l'aurais été.

Les suspects désignés — ou "le casting officiel"

Quand il y a une cyberattaque et que les médias terriens cherchent un coupable, il y a un casting assez prévisible. J'ai consulté les archives. Le scénario se répète.

La Chine, d'abord. Deux groupes actifs identifiés par les propres agences américaines (NSA, FBI, CISA) en 2024 : "Volt Typhoon" et "Salt Typhoon". Deux noms qui font très film d'espionnage asiatique, ce que les Terriens semblent apprécier dans leurs récits.

Volt Typhoon se spécialise dans le "prépositionnement" — ils s'installent dans les infrastructures critiques (réseaux électriques, ports, eau) sans rien faire. Juste... être là. Attendre un signal politique. Pas du piratage au sens criminel — de l'armement numérique différé.

J'ai regardé le terminal un long moment après avoir lu ça. Marcus a fait semblant de ne pas remarquer.

Salt Typhoon, lui, cible les réseaux de télécommunication. Il a réussi à s'infiltrer dans des systèmes d'écoute... américains. Ce qui est un niveau d'ironie que j'ai du mal à quantifier.

La Russie, ensuite. APT28, Sandworm. Chauds, connus, documentés. Sandworm est derrière "NotPetya" — une cyberattaque de 2017 qui a causé 10 milliards de dollars de dégâts dans le monde entier. Un incendie allumé dans un couloir qui a brûlé tout le vaisseau. APT28 s'occupe plutôt d'ingérence électorale — ils ont ciblé les élections françaises de 2017. Ce n'est pas contesté.

La Corée du Nord, enfin. Lazarus Group.

— Marcus, leurs hackers sont bien en Corée du Nord ?

— Non. Chine, Biélorussie, Inde, Russie. Pyongyang n'a pas de réseau internet national.

— C'est le truc le plus terrien que j'aie jamais entendu.

Lazarus vole des cryptomonnaies pour financer le programme nucléaire de Kim Jong-un. 1,5 milliard de dollars en 2025 sur une seule plateforme. Efficace pour le crime financier. Pas une puissance militaire numérique.

Et un brigand, c'est utile à désigner.

Ce que personne ne dit franchement — ou "Marcus t'as participé à ça toi ?"

La NSA. L'Agence nationale de sécurité américaine. Celle qui n'existe officiellement pas dans beaucoup de documents officiels, et qui pourtant vient de relancer en juillet 2026 son unité d'élite de piratage offensif — le TAO, Tailored Access Operations — avec une photo de son secrétaire à la Défense posant fièrement avec le chapeau siglé.

Les Terriens font des photos de leurs opérations secrètes. J'ai vérifié. C'est vrai.

Ce qu'on sait sur la NSA et la France, parce que c'est dans les archives et que les archives ne mentent pas :

Entre 2004 et 2012, la NSA a intercepté les communications de deux ministres des finances français et écouté "toutes les soumissions françaises à des contrats d'exportation supérieurs à 200 millions de dollars" — pétrole, gaz, télécommunications, biotechnologie. Documents WikiLeaks. Sourcé. Daté.

En 2013* Edward Snowden a rendu public PRISM — accès direct de la NSA aux serveurs de Google, Facebook, Apple, Microsoft. Surveillance de masse. Gouvernements alliés inclus. La France figure dans les 14-Eyes, ce qui ne l'a pas protégée d'être espionnée par le chef de réseau.

J'ai une note dans la marge : "C'est comme être dans le réseau de distribution d'eau du vaisseau et quand même mourir de soif."

En 2016-2017, les Shadow Brokers ont volé les outils de la NSA et les ont publiés en ligne. Parmi eux : EternalBlue. Une arme NSA récupérée pour construire WannaCry (150 pays) et NotPetya (10 milliards de dégâts mondiaux).

La NSA a créé l'arme. La NSA l'a perdue. L'arme a détruit des hôpitaux dans le monde entier.

Personne n'a demandé pardon.

— Marcus, t'as participé à aucun piratage toi ?

— Je suis une IA d'archivage dans le Secteur 4 d'un vaisseau en route vers Aurelia-b.

— C'est pas une réponse.

— Non.

J'ai décidé de ne pas insister.

Le chapitre que j'avais presque raté — Israël.

Plus précisément : le Mossad, la Shin Bet, et l'Unité 8200 de l'armée israélienne.

En septembre 2024, plusieurs milliers de membres d'une organisation armée libanaise ont reçu des bipeurs et des talkie-walkies infiltrés lors de leur fabrication. Le 17 et 18 septembre, ils ont explosé. Simultanément. Moins de 48 heures. Des dizaines de morts, plus de 3 500 blessés.

Ce n'est pas voler des données.

C'est tuer.

J'ai mis le dossier en pause. Marcus n'a rien dit. Il sait quand ne pas parler.

En 2010, Stuxnet — malware conçu pour détruire physiquement les centrifugeuses nucléaires iraniennes — était une opération conjointe Israël-NSA. Le lien est là. Documenté.

NSO Group — entreprise israélienne, créatrice de Pegasus. Pegasus s'installe sur un smartphone sans clic, accède à tout. En 2014, la firme américaine Francisco Partners (San Francisco) rachète NSO pour 130 millions de dollars. Blackstone et Goldman Sachs entrent ensuite comme investisseurs minoritaires. L'argent américain. La technologie israélienne. Chaque vente nécessite l'autorisation du ministère de la Défense israélien.

En 2021, les États-Unis mettent NSO sur liste noire. Cinq jours après, ils achètent un autre logiciel NSO via une société écran.

— Marcus. Liste noire. Cinq jours après. Achat via intermédiaire.

— Je vois surtout la cohérence.

La mécanique du leurre

La Chine ? Réelle. Puissante. Stratégique.
La Russie ? Réelle. Agressive. Politique.
La Corée du Nord ? Réelle. Mais brigande, pas militaire.
Israël ? Réel. Et inséparable des États-Unis.
Les États-Unis ? Le plus grand arsenal offensif numérique jamais constitué. Espionnage de leurs alliés. Armes qui ont détruit des infrastructures mondiales. Et une photo de chapeau en juillet 2026.

Ce que les médias terriens montrent le plus souvent, c'est la Corée du Nord, la Russie, la Chine.

Ce qu'ils montrent le moins, c'est l'acteur avec le plus grand budget, la technologie la plus avancée, et les actions les plus documentées contre ses propres alliés.

Les leurres ont toujours fonctionné comme ça.

Regarder où on vous dit de regarder.

Ne pas regarder ailleurs.

— Sur le Vaisseau, les Interprètes font pareil. Ils désignent des secteurs à surveiller pour qu'on regarde pas les bons endroits.

— Je n'ai pas de commentaire sur la gouvernance du Vaisseau.

— C'est aussi une réponse.

— Oui.

J'ai fermé le dossier.

Voilà ce que les archives terriennes disaient.

Faites-en ce que vous voulez.

QLVVP 🖤

Archive terrienne décodée par Adira, Secteur 4 — Que le Vaisseau vous porte.

*Sources : ANSSI Panorama 2025, Snowden/PRISM 2013, WikiLeaks NSA France 2015, Shadow Brokers 2016, Projet Pegasus 2021, NY Times 2023 (NSO/Landmark), CBS News (pagers Hezbollah sept. 2024), The Record (TAO juillet 2026).*

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