LOST : L'ÎLE QUI RENDAIT AUX ÉCRASÉS CE QU'ON LEUR AVAIT VOLÉ

 

Lost - Jacob

Il faut être honnête : Lost ne se prend pas pour du grand cinéma. C'est une série de réseau américain, avec ses coïncidences un peu trop bien huilées, ses flashbacks parfois téléphonés, et une finale qui a divisé la planète. Et pourtant. Pourtant, il y a dans Lost quelque chose que peu de fictions télévisées ont osé faire : s'intéresser vraiment à ce que les systèmes font aux gens.

John Locke. Le cas Locke.

Il y a un personnage qui m'a hanté longtemps après la fin de la série. John Locke. Un homme qui passe sa vie entière à voir ses capacités niées, étouffées, rabaissées — par son père, par son entourage, par la société qui ne sait pas quoi faire d'un type comme lui. Un homme en fauteuil roulant qui croit en des choses que personne ne prend au sérieux.

Et puis l'île le guérit.

John Locke - Lost

C'est là que beaucoup de spectateurs ont ricané. "C'est magique, c'est facile." Mais non. Ce n'est pas facile du tout. C'est même l'une des choses les plus justes que la série propose : l'île répond à quelque chose. Elle rend à Locke ce qu'on lui a volé — ses jambes, oui, mais surtout son honneur. Sa capacité à être lui-même dans un corps qui fonctionne enfin comme il le ressent intérieurement.

Locke croyait en l'île parce que l'île l'avait déjà reconnu avant même qu'il le sache.

Le Projet Dharma : quand la science devient une cage dorée

Ce qui est brillant avec le Projet Dharma, c'est que c'est l'exact inverse de Locke. Des gens qui ont construit une bulle de rationalité sur une île qui les dépasse complètement. Des scientifiques qui cartographient ce qu'ils ne comprennent pas, qui codifient l'inexplicable, qui mettent des chiffres sur quelque chose d'essentiellement vivant. Et qui finissent broyés par ça.

C'est une fable sur les institutions. Sur tous ces systèmes humains qui prétendent domestiquer ce qui ne peut pas l'être.

Sawyer, ou l'homme qui joue le salaud pour survivre


James Ford — dit Sawyer — est peut-être le personnage le plus sous-estimé de la série. C'est un con magnifique. Un type qui a décidé très tôt que le monde était une arnaque, et qui s'est construit une armure en conséquence : le cynisme, les arnaques, les petits noms qu'il donne aux gens pour ne jamais vraiment les appeler par leur prénom — c'est-à-dire, pour ne jamais vraiment les voir.

Mais l'île force à voir. C'est sa fonction dans la narration : elle retire les masques.

Ce que ça dit, vu du Vaisseau-Monde

Sur ce blog, on parle de voyages au long cours — de gens qui traversent des siècles dans un vaisseau qui a oublié sa mission. Mais Lost parle de la même chose à échelle humaine : des gens coincés dans une trajectoire qui n'est pas la leur, sur une île qui les force à choisir qui ils sont vraiment.

L'île est une métaphore de tout environnement qui révèle. Un vaisseau-monde qui dure assez longtemps finit par faire pareil — il révèle ce que ses passagers ont enfoui, les mensonges fondateurs, les identités de surface.

Lost n'est pas du grand cinéma. Mais c'est une grande série sur ce que les systèmes font aux individus, et sur ce qui reste quand on enlève tout le reste.

Et ça, c'est exactement notre fréquence.

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