JIM CARREY, CÉSAR D'HONNEUR

 


ET SI THE TRUMAN SHOW ÉTAIT UNE ARCHIVE DU VAISSEAU ?


Hier soir à l'Olympia, Michel Gondry lui a remis un César d'honneur.

Jim Carrey a fait son discours entièrement en français.

Soixante-quatre ans. Une carrière qui traverse l'Amérique de part en part. Et cet homme qui monte sur scène à Paris et dit, dans notre langue :

"Quelle chance j'ai eue de partager cet art avec tant de personnes."

Il y a des gestes qui valent tous les films du monde.


Je ne vais pas vous faire une biographie. D'autres le font mieux, et Arte vient d'ailleurs de sortir un documentaire qui retrace sa vie en parallèle de l'histoire des États-Unis — deux trajectoires qui se croisent, s'influencent, se brisent et se relèvent ensemble. Un portrait d'une époque autant qu'un portrait d'un homme.


Ce que je veux vous dire, c'est ce que Jim Carrey a représenté pour moi.

Enfant, il m'a ouvert quelque chose.

Ace Ventura. The Mask. Dumb & Dumber. Trois films cultes en une seule année — 1994 — et soudain la réalité devenait négociable. Un type pouvait faire sortir un oiseau de sa nuque. Un visage pouvait faire des choses qu'un visage n'est pas censé faire. Les règles du monde n'étaient pas gravées dans le métal. Elles pouvaient être tordues, explosées, habitées différemment.

C'était une liberté que je n'avais jamais vue incarnée comme ça.

Et puis il y a eu The Truman Show.


Ce film, c'est mon 9/10 sur SensCritique. Le seul. Pas 8. Pas un autre 9 ailleurs dans ma liste. Celui-là, uniquement.

Je l'ai vu jeune. J'ai pleuré. Je n'ai pas tout compris pourquoi, sur le moment.

Aujourd'hui je comprends.

The Truman Show, c'est l'histoire d'un homme qui vit dans un monde clos — une ville entière construite pour lui, habitée par des acteurs, diffusée en direct à des millions de spectateurs qui regardent sa vie comme on regarde la météo. Truman Burbank ne sait pas. Tout le monde autour de lui sait. Sauf lui.

Il est le seul habitant sincère de son propre monde.

Et un jour, il touche le mur du décor.


Dans les archives du Vaisseau-Monde, ce moment a un nom.

On ne l'écrit pas officiellement. Ce serait dangereux d'en parler trop ouvertement. Mais les Gardiens de la Mémoire le connaissent. Ce moment où quelqu'un, après des générations de silence et d'oubli, tombe sur un fichier qui ne devrait plus exister. Un mot étrange. Une date impossible. Une preuve que le couloir ne s'arrête pas là où les murs semblent finir.

Adira — archiviste du Secteur 4, an 1000 du voyage — a vécu exactement ce moment. Elle a ouvert le fichier. Elle n'a pas pu faire semblant de ne pas l'avoir vu.

Truman, lui, a navigué vers la tempête.

Même geste. Même vertige. Même irréversibilité.

C'est pour ça que The Truman Show mérite sa place dans les archives de ce blog. Pas parce que c'est un film de SF. Mais parce qu'il pose la seule question qui compte à bord d'un vaisseau-monde : à quel moment décides-tu de chercher le mur ?


Ce qui est fascinant avec Jim Carrey, c'est qu'il a lui-même fini par toucher ses propres murs.

La gloire absolue. Les cachets les plus élevés d'Hollywood. Et puis une retraite progressive, des peintures, une vie spirituelle. "J'en ai assez, j'ai assez donné", a-t-il dit. Un homme qui a regardé son propre décor en face et a décidé de ne plus jouer le jeu.

On pourrait appeler ça une fin. Moi j'appelle ça une sortie par la bonne porte.

Le documentaire Arte que je vous encourage à regarder — Jim Carrey, l'Amérique en miroir — montre exactement ça. Deux histoires qui avancent en parallèle. Un pays qui se construit, se raconte, se fracture. Un acteur qui l'incarne sans le vouloir, qui en devient le reflet le plus honnête sans jamais avoir prétendu être un symbole.

Parfois les archives les plus importantes ne sont pas celles qu'on a voulu garder.


Hier soir à l'Olympia, Benjamin Lavernhe a enfilé le vrai masque du film — celui normalement exposé au Musée du cinéma de Lyon — et a dansé devant lui.

Jim Carrey regardait depuis le premier rang, ravi comme un gamin.

64 ans. Un César d'honneur. Un discours en français.

Et quelque part, dans les archives profondes d'un vaisseau qui a oublié d'où il vient, un fichier corrompu porte encore son nom.

Pour aller plus loin :

Ou sur le Vaisseau-Monde :

 


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