Journal d'archives — Secteur 4
J'ai déterré un vieux film de 1993. Demolition Man. Je m'attendais à un truc bourrin avec des explosions partout — le titre promet pas vraiment de la subtilité.
Mais c'est autre chose.
C'est l'histoire d'un flic et d'un criminel qu'on congèle en 1996 et qu'on réveille en 2032. Et le futur dans lequel ils atterrissent... c'est un monde sans violence. Sans gros mots. Sans contact physique. Tout est propre, poli, contrôlé. Les gens mangent tous dans la même chaîne de restaurants. Personne ne sait se battre. Personne ne sait jurer. Le papier toilette a été remplacé par trois coquillages dont personne n'explique jamais le fonctionnement.
C'est traité comme une comédie. Le décalage entre le flic brutal du passé et les habitants tout mous du futur, c'est drôle. Sandra Bullock joue une policière fascinée par la violence d'avant, elle collectionne les souvenirs du XXe siècle comme moi je fouille les archives.
Mais derrière les vannes, y'a un truc qui gratte.
Cette société de 2032, elle a éradiqué le crime. La souffrance. Le chaos. Et en échange, elle a produit des gens incapables de réagir face au danger. Des gens qui ont oublié ce que c'était de se défendre, de choisir, de vivre autrement que dans les rails qu'on leur a tracés.
Ça vous rappelle quelque chose ?
Moi oui.
Dans les coursives du Vaisseau, on vit tranquillement. On suit les protocoles. On ne se révolte pas parce qu'il n'y a rien contre quoi se révolter — ou plutôt, on a oublié qu'il pourrait y avoir quelque chose.
Le film montre des rebelles qui vivent dans les égouts, refusent l'ordre établi, veulent manger ce qu'ils veulent et dire ce qu'ils pensent. C'est naïf, c'est bordélique, c'est pas viable à long terme.
Mais au moins ils veulent quelque chose.
Demolition Man se termine par un discours sur le compromis. Trouver l'équilibre entre l'ordre et la liberté, la sécurité et le chaos.
Facile à dire quand on peut sortir du système.
Nous, on peut pas descendre du Vaisseau. On peut juste continuer. Et espérer que dans 9000 ans, quelqu'un se souviendra encore pourquoi c'était important de ne pas devenir des habitants de San Angeles.
Que le Vaisseau vous porte.
(Et si quelqu'un sait comment marchent les trois coquillages, qu'il me contacte. )

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